Réflexions : sur le regard !

 

La stigmatisation, la moquerie, le regard de l’autre : Qu’est ce que c’est ?

 

Quand je me lève le matin, comme tout le monde, je passe par la salle de bain, je me lave et je m’habille. Mais je le fais à l’abri du miroir qui chez moi n’est placé qu’au-dessus de l’évier et ne peut me montrer que la seule partie de mon corps que je puisse encore supporter de voir, mon visage. Et parce qu’il faut bien se regarder pour se coiffer.

 

Quand je déjeune, je ne pense pas à ce que j’ai envie de manger, mais à ce que je dois et si par hasard, je m’autorise ne fusse qu’un peu de confiture sur mon pain. Automatiquement mon esprit se balade vers tant de visages que j’ai déjà rencontrés et je me remémore leur expression quand il me regarde passer ou pire manger. J’entends leurs remarques dans ma tête : « Regardes, elle mange de la confiture, elle va encore grossir, elle ne sait vraiment pas faire d’efforts ».

 

Quand il est l’heure de sortir, je vais prendre soin de passer le plus inaperçue possible, d’être toujours à l’heure, souriante, polie, aimable, tout ce qui permettra qu’on ne dise pas : « Non seulement elle est grosse mais en plus … ».

 

Si j’entends un rire derrière moi, j’ai peur ! Est-ce de moi qu’ils rient ?

 

J’évite les endroits peuplés, la foule, la ville, quand je dois y aller, je frôle les murs, je fais en sorte de prendre le moins de place possible et presque toujours, je fixe le sol pour éviter de voir les autres, de savoir si encore une fois, ils me regardent, me jugent !

 

Si je dois m’acheter un vêtement, je retarde le moment le plus longtemps possible. Les magasins où il me faut aller pour m’habiller, je ne les aime pas, pourtant je suis une femme et on dit des femmes …

 

Quand je cherche un emploi, c’est avec des pieds de plombs que je fais les démarches. Je ne peux penser qu’une chose : « Ils ne voudront pas de moi ». Comment faire pour qu’ils m’engagent malgré mon poids.

 

Si par hasard au détour d’une rue, j’aperçois dans une vitrine mon reflet, je sursaute. Est-ce bien moi cette chose horrible qui se reflète devant moi ?

 

Quand je regarde mes enfants, je me vois dans leurs yeux et je pense au mal que je leurs fais. Que doivent-ils subir parce que leur maman est en surpoids, que disent les autres enfants d’eux, de moi ?

 

J’ai mal, je suis fatiguée, mais je n’ose pas le montrer, le dire, parce que c’est ma faute et ils me le diront, je le verrais dans leurs yeux. Je n’ai qu’à faire plus d’efforts pour perdre du poids.

 

Quand je vais marcher, quand je vais à la piscine, à la salle de sport, encore des yeux partout qui me regardent. Je transpire, je suis toute rouge, je ne sens pas bon, j’ai envie de fuir loin de moi, loin de ce corps que j’habite mais qui ne peut être le mien.

 

Quand je m’assieds sur une chaise, j’ai peur, sera-t-elle assez solide et si elle venait à se briser sous moi, quelle honte ! Que diront les autres, quelles moqueries vais-je encore subir ?

 

Je rentre chez moi après une journée déjà bien chargée, j’ai mal, mais tant de choses sont encore à faire. Impossible pour moi de tenir compte de mes douleurs, il faut que je nettoie, que je range. Sinon que dirait-on de moi. En plus d’être grosse, elle ne nettoie pas chez elle, tous des fainéants ces obèses !

 

L’heure du dîner, du souper, je vois dans mon assiette à nouveau tous ces regards braqués sur moi, pourtant il n’y a personne.

 

Et si par hasard, dans la journée j’ai croisé quelqu’un qui me plait, comment oser le lui montrer, qui pourrait s’intéresser à moi, à mon corps si laid à voir ?

 

Dormir, encore un problème, bouger dans mon lit, me retourner, trouver une position qui ne fait pas souffrir pour pouvoir m’endormir, quel calvaire.

 

Le regard de l’autre, c’est aussi le mien. Comment je me vois ? Que suis-je ? Qui suis-je ? La seule réponse que je trouve, une obèse.

 

Et même quand il s’agit de ce que je suis à l’intérieure, je ne peux penser autrement qu’en mode obèse, en kilos, en tour de taille, à l’espace que je prends. Et pourtant, tant d’autres choses se trouvent-là, dans ma tête, dans mon cœur, dans mon esprit, et dans mon âme.

 

Ne suis-je vraiment que ça ? Un corps pesant que je traîne jour après jour comme un boulet au pied ?

 

 

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